Wadagni investi : le Bénin tourne ouvre une nouvelle page sous le regard du Sahel

Investi le 24 mai 2026 au Palais des Congrès de Cotonou, Romuald Wadagni inaugure un septennat placé sous le signe du renouveau social et d’une réconciliation diplomatique inédite avec les pays du Sahel.

Par notre envoyée spéciale à Cotonou • 24 mai 2026

Il y a des journées qui s’inscrivent dans la mémoire collective d’un peuple. Ce dimanche 24 mai 2026 en est assurément une. La République du Bénin a officiellement tourné une nouvelle page de son histoire politique avec l’investiture solennelle de Romuald Wadagni, son nouveau président, dans une atmosphère mêlant gravité républicaine et ferveur populaire. Entre le Palais de la Marina — où s’est déroulée la passation de charges avec le président sortant Patrice Talon — et l’esplanade du Palais des Congrès de Cotonou, Cotonou a vécu une journée exceptionnelle, rehaussée par un signal diplomatique retentissant en provenance du Sahel.

Un serment solennel face à la nation

À 10 heures précises, Romuald Wadagni a levé la main droite et prononcé les mots qui font d’un homme un chef d’État. Élu le 12 avril 2026 avec plus de 94 % des suffrages valablement exprimés, l’ancien ministre des Finances prête serment « devant Dieu, les mânes des ancêtres, la nation et devant le peuple béninois, seul détenteur de la souveraineté ». Il s’engage solennellement à « ne se laisser guider que par l’intérêt général », à « préserver l’intégrité du territoire national » et à « se conduire partout en loyal et fidèle serviteur du peuple ».

La cérémonie revêt également une dimension symbolique singulière : pour la première fois depuis 35 ans, c’est Cotonou, capitale économique, et non le Stade Charles de Gaulle de Porto-Novo, qui accueille la prestation de serment d’un président béninois. Un choix qui n’a pas manqué de susciter des commentaires, et qui marque d’emblée la volonté du nouveau chef de l’État de s’inscrire dans le mouvement.

 

« Une croissance nationale n’a de sens que lorsqu’elle devient visible dans la vie ordinaire des populations. »

— Romuald Wadagni, discours d’investiture, 24 mai 2026

Seize délégations, six mille invités

L’esplanade du Palais des Congrès ne désemplissait pas. Près de 6 000 invités, autorités civiles et militaires béninoises, personnalités nationales, corps diplomatiques, ont assisté à la cérémonie, dont pas moins de seize délégations étrangères venues des quatre coins du continent. Si, fidèle à la tradition républicaine béninoise, aucun chef d’État étranger n’était présent, la densité et la qualité de la représentation internationale ont conféré à l’événement une envergure diplomatique remarquable. Mais l’attention de toute l’assistance, et bien au-delà de Cotonou, se portait sur une délégation en particulier : celle des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES).

Le Sahel à Cotonou : un dégel historique

La présence de délégations de haut rang du Niger, du Mali et du Burkina Faso a constitué sans conteste le signal géopolitique le plus fort de la journée. Le Premier ministre nigérien, Ali Mahamane Lamine Zeine, a conduit une forte délégation depuis Niamey. À ses côtés, les chefs de la diplomatie burkinabè et malienne, Karamoko Jean Marie Traoré et Abdoulaye Diop, ont également fait le déplacement, un geste fort, scruté dans toute la sous-région. En effet, les relations entre Cotonou et ces voisins du Sahel traversaient depuis plusieurs années une zone de turbulences profondes. Les juntes au pouvoir à Niamey, Ouagadougou et Bamako accusaient régulièrement le Bénin de vouloir les déstabiliser, des accusations fermement rejetées par Cotonou, sans que le dialogue ne reprenne réellement. Plus révélatrice encore, en juillet 2025, lors des célébrations du 65e anniversaire de l’indépendance du Bénin, les pays de l’AES avaient décliné l’invitation des autorités béninoises, illustrant alors la froideur de ces relations.

Ce dimanche, le Premier ministre nigérien a levé le voile sur les coulisses de ce retournement : sa venue à Cotonou avait été explicitement approuvée par l’ensemble des dirigeants de l’AES, séduits par les gestes d’amitié et de fraternité formulés par Romuald Wadagni dans la période précédant son investiture. Un travail diplomatique de longue haleine, mené en coulisses, qui porte aujourd’hui ses premiers fruits visibles.

La ferveur populaire, signe d’un espoir renouvelé

Le moment le plus électrique de la matinée ne fut peut-être pas le serment lui-même, mais ce qui survint quelques instants plus tard. Lorsque le Premier ministre nigérien et les ministres des Affaires étrangères du Burkina Faso et du Mali furent officiellement appelés et présentés à l’assistance, l’esplanade du Palais des Congrès explosa en applaudissements nourris et chaleureux. Une ovation spontanée, longue, sincère — qui en disait plus long que n’importe quel discours sur ce que les Béninois attendaient de ce nouveau mandat.

Pour l’opinion publique béninoise, le message était clair : la rupture avec les tensions passées est actée. Cotonou et le Sahel réapprennent à se parler. Et les Béninois, qui subissent de plein fouet les conséquences économiques des crispations diplomatiques , notamment la fermeture des frontières avec le Niger , entendent dans ce rapprochement la promesse d’un retour à la normale.

« L’État sera ferme face à tout ce qui menace notre cohésion et notre sécurité. Travailler ensemble avec les pays voisins : c’est le chemin que nous choisissons. »

— Romuald Wadagni, 24 mai 2026

Hommages, continuité et ambitions pour la jeunesse

Dans son premier discours présidentiel, Romuald Wadagni a rendu un hommage appuyé à son prédécesseur Patrice Talon, saluant sa vision et les réformes structurantes de la décennie écoulée. Il a également honoré les anciens chefs d’État du renouveau démocratique béninois, Nicéphore Dieudonné Soglo, Mathieu Kérékou et Boni Yayi, affirmant vouloir être « le continuateur de la tradition de paix » du Bénin.

Mais c’est vers la jeunesse que le nouveau président a adressé ses mots les plus personnels et les plus engagés : « Aux jeunes du Bénin qui refusent les fatalités anciennes et veulent réussir ici chez eux par leur travail, je veux dire ceci : le Bénin croit en vous et il vous donnera les chances de réussir. » Des mots reçus comme un engagement dans une salle où la jeunesse était nombreuse.

Un septennat sous haute attente

À 49 ans, Romuald Wadagni hérite d’un pays en pleine dynamique de développement, mais confronté à des défis sécuritaires croissants dans le nord et à des tensions diplomatiques que ce 24 mai a commencé à dénouer. Technocrate formé à Grenoble, ancien consultant chez Deloitte pendant 17 ans avant de devenir le ministre des Finances de Patrice Talon depuis 2016, il aborde la présidence avec le profil d’un gestionnaire rigoureux et d’un diplomate de l’ombre désormais exposé à la lumière.

Ce 24 mai 2026 restera dans les mémoires, non seulement comme le jour où le Bénin confirme sa solidité démocratique en organisant un quatrième passage de pouvoir par les urnes depuis 1990, mais aussi comme celui où la sous-région ouest-africaine, si souvent secouée par les crises, a choisi au moins symboliquement, de regarder dans la même direction.

 

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