Hépatite virale : la maladie silencieuse qui tue en silence
Émission Focus Santé - Radio Afrique Santé (Bénin)
Intervenant principal : Martial SEHOMI
Une urgence sanitaire mondiale et locale
Le 28 juillet marque la Journée mondiale contre l'hépatite, date choisie par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) en l'honneur du docteur Baruch Blumberg, prix Nobel de médecine et découvreur du virus de l'hépatite B. Pour l'édition 2026, le thème « Hépatite, éliminons les obstacles » appelle à lever les barrières empêchant l'accès à la prévention, au dépistage et aux soins.
Au Bénin, la situation est préoccupante : près de 9,9 % des Béninois (soit une personne sur dix) seraient porteurs du virus de l'hépatite B. Pour l'hépatite C, une personne sur 25 est concernée. Le problème majeur est que la majorité de ces personnes ignorent leur statut sérologique.
Comprendre la maladie : définition et types
Le docteur Benoît Kouakannou, gastro-entérologue, précise qu'une hépatite est une inflammation des cellules du foie. Elle peut être d'origine toxique (abus de médicaments comme le paracétamol, tisanes inappropriées, alcool) ou infectieuse, causée par des virus.
Il existe cinq virus hépatotropes (A, B, C, D, E). Parmi eux :
- L'hépatite D ne survient que si le virus de l'hépatite B est déjà présent.
- L'hépatite B, C et D peuvent évoluer vers des formes chroniques, sources de complications graves : cirrhose, cancer du foie, et décès.
C'est cette évolution souvent discrète, sans symptômes au début, qui explique la qualification de « maladie silencieuse ».
Le mythe de la transmission et l'importance du dépistage
Les idées reçues persistent : certaines personnes croient encore que l'hépatite B se transmet par la salive. Or, la maladie est asymptomatique dans la majorité des cas. Le dépistage ne doit donc pas attendre l'apparition de signes physiques.
Les symptômes ne surviennent généralement que lorsque la maladie est déjà très avancée (stade de cirrhose ou de cancer), se manifestant par :
- Une jaunisse (coloration jaune des yeux) ;
- Des douleurs abdominales atroces ;
- Un ballonnement inhabituel du ventre.
Le docteur Kouakannou recommande que tout le monde se fasse dépister pour connaître son statut, car l'ignorance de la maladie peut entraîner des comportements aggravants, comme la consommation d'alcool qui accélère la dégradation du foie.
Prévention, vaccination et innovations technologiques
La vaccination reste le moyen le plus sûr d'éliminer le virus. Au Bénin, depuis octobre 2020, le gouvernement assure la vaccination gratuite de tous les nouveau-nés dès la salle d'accouchement, suivie des rappels dans le programme élargi de vaccination (6, 10 et 14 semaines).
Cependant, l'OMS estime qu'en Afrique subsaharienne, moins d'un nouveau-né sur quatre reçoit la première dose dans les 24 heures suivant la naissance. Pour pallier ces difficultés logistiques, le chercheur Brésinski Koutami étudie le micro-patch vaccinal, une technologie de délivrance offrant trois avantages majeurs :
- Absence de chaîne de froid au point d'utilisation, cruciale dans les zones sans électricité ;
- Dose unique, éliminant les délais liés aux flacons multidoses ;
- Administration par des agents communautaires sans formation médicale spécifique, permettant d'atteindre les zones rurales et les naissances en dehors des horaires classiques.
Des analyses coût-efficacité sont menées pour justifier le coût supplémentaire de cette technologie, en mesurant le rapport entre le prix et les années de vie gagnées.
Traitements disponibles et place de la médecine traditionnelle
Si l'hépatite C n'a pas de vaccin, elle est guérissable en trois mois de traitement. Pour l'hépatite B, un traitement existe mais n'est réservé qu'aux patients éligibles, car le système immunitaire peut parfois contrôler le virus sans intervention médicamenteuse.
Concernant la phytothérapie, le phytothérapeute certifié Harold Hantonion met en garde : l'automédication par les plantes est dangereuse. Certaines plantes peuvent être toxiques pour le foie ou interagir avec les médicaments pharmaceutiques. Toute utilisation de phytomédicament doit impérativement s'accompagner d'un suivi médical et d'examens biologiques réguliers (transaminases, créatinémie, charge virale, antigènes).
Témoignage et appel à l'action
Le parcours de Codovie, un trentenaire dépisté par hasard lors de bilans de santé, illustre la dangerosité de la phase chronique. Après avoir appris que sa maladie évoluait vers une forme chronique, il a intégré les phases de traitement et de vaccination, soulignant que la maladie a un impact psychologique et quotidien lourd.
L'objectif mondial est l'élimination de l'hépatite comme menace pour la santé publique d'ici 2030. Pour y parvenir, il est urgent de :
- Renforcer la communication et la sensibilisation ;
- Intensifier le dépistage pour tous, jeunes et vieux ;
- Élargir la couverture vaccinale ;
- Améliorer l'accès aux traitements.
Le message final est clair : ne pas attendre d'être malade pour se faire dépister. L'hépatite ne pardonne pas, mais elle se prévient et se soigne.