Dans certaines régions du Bénin, les autorités sanitaires font preuve de stratégies quand il faut sensibiliser les parents à faire sortir leurs enfants pour les différents types de vaccination. C’est à ce niveau que le crieur de rue intervient pour une sensibilisation de proximité. Il fait partie intégrante des stratégies pour améliorer la couverture vaccinale au Bénin : ses services sont sollicités pour sensibiliser et faire tomber les barrières qui empêchent d’accéder à la vaccination.
A Tori-Bossito, une localité située dans la commune d’Abomey-Calavi dans le département de l’Atlantique. Située à quelques 38 kilomètres de Cotonou, elle fait partie de ces régions du Bénin réfractaires à la vaccination. Le centre vaccinal de l’hôpital public est souvent clairsemé. Pas de rangs serrés, pas de gestes d’impatience des parents irrités par les longues files d’attentes. Les mamans préfèrent vaquer à leurs occupations dans les champs ou au marché. Entre autres stratégies, les autorités locales ont pensé au crieur public, convaincues qu’un message porté par un homme du coin peut donner des résultats.
Un homme du coin
Kanlinsou Enoch s’est porté volontaire pour jouer ce rôle. Encore en formation pour devenir assistant social, il ne comprend pas l’énergie avec laquelle certains défendent l’inutilité des vaccins. « Tant qu’on peut se mettre à l’abri des maladies en se vaccinant, il faut le faire. La vie est chère et on ne peut pas investir le peu qu’on gagne dans la maladie, alors qu’on aurait pu l’éviter »
Il est parfois confus lorsqu’il entend les gens prier pour une certaine longévité mais se défilent lorsqu’il faut observer certaines règles pour être en bonne santé. « Au temps du COVID, Je voyais comment dans les autres pays, les gens se précipitent pour se faire vacciner contre ce mal qui a décimé des vies. Mais ici, surtout dans notre localité, ce n’est pas facile. On a dû faire du porte à porte, exposer les risques pour qu’enfin certains comprennent. C’est la même chose pour la vaccination infantile. Je crois que nous devons redoubler d’efforts et sensibiliser davantage », confie le jeune homme.
Âgé de 32 ans, Enoch s’est donné pour mission de convaincre les mamans à faire vacciner leurs enfants et les adultes qui hésitent encore à se faire vacciner. Même quand certains se blessent, ils ne veulent pas se faire vacciner pour se protéger. Le jeune homme prend au sérieux sa mission, même si pour la réussir, il doit essuyer des critiques ou se faire jeter de certaines maisons. Il se souvient avec effroi, le jour où il était entré dans une maison pour une séance d’information sur le vaccin contre la poliomyélite. Le chef de famille qui voit derrière chaque vaccin, un complot d’extermination des populations africaines, en guise de réponse à la salutation à lui adressée, a crié au voleur.
La sensibilisation, un atout pour la vaccination
Les expériences aussi explosives que celle-là, Enoch en compte à la pelle. Mais se sentant investi d’une mission patriotique, il ne se laisse jamais gagner par le découragement. Il puise la force nécessaire dans le soutien de ses proches. Il pense qu’il se reposera le jour où tous les enfants de sa localité auront leur carnet de vaccination à jour. Ces journées démarrent généralement à 6h30, essuyant parfois des injures, ou se faisant interpeller par quelques sceptiques qui veulent comprendre. Quand il a accepté sensibiliser la population, il ne s’attendait pas à autant d’obstacles. Mais déterminé, il poursuit sa mission, n’en déplaise au soleil de plomb qui fini par le rattraper.
Les soignants reconnaissants
Un tour au centre de la santé, et les agents vaccinateurs sont plutôt contents. La monotonie du quotidien a laissé place à une matinée plutôt chargée, raconte Évelyne. Elle a déjà vacciné plus de 30 enfants alors qu’habituellement, elle n’en reçoit que cinq. Elle est convaincue qu’à force de les sensibiliser, les parents finiront par comprendre la nécessité de protéger leurs enfants.
« Je suis très contente aujourd’hui. Je m’attendais encore à humer l’air, mais les mamans viennent. Même des femmes enceintes sont venues pour le vaccin anti-tétanos. Ce qui était vraiment rare. Quand tu passes une journée comme celle d’aujourd’hui, tu rentres fière d’avoir accomplir ta mission ».
Pour Sossou Patricia, maîtresse d’école, la crise sanitaire est venue accentuer la méfiance des habitants sur les vaccins. Avant, les agents vaccinateurs pouvaient passer dans les écoles pour administrer les doses de vaccin aux enfants en âge de les recevoir. Mais aujourd’hui c’est impossible de le faire sans s’attirer la foudre des parents. Elle confie que des parents ont donné des instructions fermes afin que leurs enfants ne soient vaccinés sans leur consentement. Ils craignent qu’on leur administre une dose du vaccin contre la COVID-19 à la place de celle contre la poliomyélite. Il y a beaucoup de Béninois qui rejettent les vaccins, pas parce qu’ils ne sont pas conscients de leur importance, mais parce qu’ils doutent de la qualité du produit qui leur sera administré.
Le travail n’est jamais terminé
Il est 16h. Pour Enoch, la journée se termine. Il est content d’avoir pu sauver des vies et a hâte de recommencer le lendemain. « Ce soir, je ferai du porte à porte. J’essayerai de parler à mes proches. Tant qu’on peut se mettre à l’abri des maladies en se vaccinant, il faut le faire. La vie est chère et on ne peut pas investir le peu qu’on gagne dans la maladie, alors qu’on aurait pu l’éviter ».
Grâce aux campagnes de vaccination menée par les pays et les partenaires techniques notamment l’organisation mondiale de la santé et bien d’autres comme l’Unicef, l’alliance Gavi, de nombreux enfants ont été sauvés et les épidémies sont devenues rares. Malheureusement, l’avènement du coronavirus a entraîné un recul de la surveillance vaccinale dans le monde. Le Bénin n’échappe pas à ce regain d’intérêt pour la vaccination. Pour une population estimée à plus de dix millions d’habitants, le nombre de personnes complètement vaccinées contre le coronavirus par exemple n’atteint pas trois millions, selon les statistiques publiées le 20 septembre dernier. Le chemin à parcourir est encore long mais il y a des signes qui montrent que tout n’est pas perdu.


