Selon la convention relative aux droits des personnes handicapées et la loi portant protection et promotion de leurs droits en République du Bénin, on entend par Personne handicapée, toute personne qui présente une incapacité physique, mentale, intellectuelle ou sensorielle dont l’interaction avec diverses barrières peut faire obstacle à sa pleine et effective participation à la société sur la base de l’égalité avec les autres. Qu’il soit inné ou acquis, les préjugés qui émanent de la société sur le handicap sont nombreux. Dans cet article, vous en saurez davantage sur le regard porté sur le handicap, ce que ressentent les personnes vivant avec un handicap et le combat qu’elles sont obligées de mener au quotidien. Vous aurez également une idée des actions menées en faveur des personnes handicapées au Bénin. Entre témoignages des victimes, conseils du psychologue, ainsi que le cri de cœur des personnes engagées dans la lutte pour l’épanouissement des personnes handicapées, cet article vous invite dans une immersion totale dans la thématique du handicap.
Le handicap peut être inné ou acquis. En effet, l’on peut naître avec ou l’acquérir au cours de la vie. Ainsi, nous avons des personnes handicapées physiques, intellectuelles, mentales ou psycho-sociales, des personnes handicapées sensorielles dont auditives et visuelles. Dame Laure, est mère d’un enfant handicapé. Elle relate la situation qu’elle vit au quotidien :« Je me retire presque tous les jours dans ma chambre pour pleurer à cause de mon enfant handicapé depuis sa naissance. Il aura bientôt 10 ans. Mais puisqu’il n’agit pas comme les enfants normaux, il est devenu un sujet de moqueries dans mon quartier ».Il s’agit d’un cas parmi tant d’autres du rejet que subissent les personnes handicapées et de l’état d’âme de leurs proches. Dame Inès par exemple a un enfant qui selon les premiers diagnostics du pédiatre à la naissance serait atteint de la trisomie 21. Mais le caryotype demandé et fait difficilement par les parents car n’ayant pas les moyens se révèlera négatif. Et depuis cinq ans le jeune enfant n’a pu s’asseoir de lui même. Sa mère raconte les railleries et les moqueries dans un concert de quolibets qu’elle est obligée de supporter venant de la part du voisinage et parfois de ses proches. «C’est un drame que je vis chaque jour et cela me fait mal. Je n’ai pas demandé à mettre au monde un enfant ayant un handicap. Et je comprends pas l’intolérance, la discrimination, la stigmatisation dont nous sommes victimes. Et ce que je comprends pas, c’est que ces genres de comportements viennent aussi de ma famille. Il est déjà arrivé à mon époux de douter de sa paternité. Il l’a dit dans un moment de désespoir mais c’est resté et cela alimente chaque jour mon désespoir face à la situation»
En dehors des enfants qui naissent handicapés, il y a aussi des jeunes ou adultes qui grandissent normalement et qui subitement ou après un accident de la circulation deviennent des personnes handicapées à vie. Le cas de Théophile Tawéma est édifiant. Il est devenu mal voyant alors qu’il était en classe de Cm2. Aujourd’hui, il est le président de la coordination communale des personnes handicapées d’Abomey Calavi. Il raconte les débuts de son handicap.« Je ne suis pas une personne handicapée de naissance. J’ai eu la chance de voir correctement, je n’avais pas de problème d’yeux et je suis allé à l’école jusqu’en classe de CM2. C’est après mon CEP que cela a commencé et mon papa m’a amené chez un ophtalmologue pour des consultations mais cela n’a pas abouti et je suis devenu un malvoyant ».
Florel Ahouanssou est un étudiant en deuxième année d’histoire à l’université d’Abomey Calavi. Au quotidien, il fait face à plusieurs défis. Il est né sans aucun handicap, c’est en grandissant qu’il a commencé par perdre la vue. Ses difficultés sont énormes, surtout pour un étudiant. Il confie que cela s’accentue surtout avec les chauffeurs de bus communément appelés tokpa tokpa. Croyant, le jeune homme reste positif et espère plus tard travailler à l’ONU ou à l’UNESCO. Tout comme lui, Innocent Gnarigo, aujourd’hui étudiant en Anglais en Année de Master est devenu une personne en situation de handicap à l’âge de 3 ans. Il confie les conditions dans lesquelles il est devenu une personne handicapée.
« Je ne suis pas une personne handicapée de naissance. Cela est survenu à la suite d’une piqure lorsque j’avais trois ans et c’est à cause de cela qu’aujourd’hui, je suis une personne en situation de handicap. Pour ma part, je suis un handicapé de type moteur. J’ai un déséquilibre entre mes deux jambes, la jambe gauche étant plus courte, j’ai de difficulté à marcher sur une longue distance à cause des douleurs atroces au niveau de la jambe concernée. Lorsque que je me repose pendant longtemps aussi, je sens des douleurs au niveau des nerfs, articulations, ce qui a un revers sur la hanche ».
De façon générale, la personne handicapée est rejetée, exclue de la société, est isolée et n’est pas considérée. Les propos de Milène Ganglozoun, psychologue et assistante sociale au service de l’inclusion sociale de la fédération des associations des personnes handicapées du Bénin corroborent bien ce fait.« Lorsqu’un enfant nait avec un handicap, ce n’est pas aisé pour les parents qui se découragent et l’enfant le ressent tout de suite. Mais si le parent prend du recul et l’enfant est intégré dans une structure d’accompagnement, il vit facilement avec son handicap ».
En revanche, si le handicap survient subitement dans la vie d’une personne, elle reçoit le choc très violemment. Mais malheureusement, en plus de faire face à son handicap, la victime doit également affronter le regard de la société. «Une frange de la société fuit la personne handicapée comme si le mal dont elle souffre est contagieux. Tous ces comportements frustrent la personne handicapée. Il y a aussi ceux-là qui ont le sentiment de pitié, de compassion pour les personnes handicapées» souligne Milène Ganglozoun.
Afin de s’élever au-dessus de la conception générale, des personnes handicapées ou en situation de handicap se démarquent du lot et ont décidé d’élever la voix afin de défendre la cause de leurs pairs. C’est le cas par exemple de Marcel Candide Hinvy, Journaliste animateur engagé sur les questions du Handicap et des droits humains et Secrétaire Général du Réseau des Associations de Personnes Handicapées du Littoral. En premier lieu, il rejoint la psychologue dans ses propos. « Pour la société en général, la personne handicapée est une moins que rien qui n’a pas les moyens et les habiletés qu’il faut pour aller au rendez-vous. J’ai choisi de défendre la cause des personnes handicapées parce que je suis une personne handicapée et vu les nombreuses discriminations, les préjugés dont l’homme a été victime, en tant qu’homme des médias, j’ai jugé bon de prendre cette cause comme la mienne et de la défendre partout où je passe pour permettre l’inclusion des personnes handicapées ».
Selon le journaliste, il faut que les Béninois s’impliquent davantage dans la défense des causes des personnes handicapées. « Je suis engagé sur la thématique de handicap avec les différentes émissions, les prestations et tout ce que nous faisons pour la cause des personnes handicapées. J’anime depuis 2017 une émission intitulée mon handicap et moi, consacrée à la personne handicapée dans son ensemble ». A l’en croire, à travers les différentes diffusions, les plaidoyers, les animations, les lobbyings, les acteurs qui sont engagés sur cette thématique arrivent à sensibiliser et à accorder une chance à la personne handicapée pour montrer que le handicap n’est pas une fin en soi et bouger les lignes pour permettre une société inclusive. « Chacun de nous avons des parents proches ou lointains handicapés qui ont une déficience et il n’est pas bien de les mettre de côté et de les marginaliser » rappelle-t-il.
Malgré l’accompagnement des organisations non gouvernementales, des structures internationales et du gouvernement, les personnes handicapées ou en situation de handicap continuent de rencontrer des difficultés au quotidien. C’est ce qu’affirme Théophile. « Chaque jour que Dieu fait, nous rencontrons assez de difficultés. Nous échangeons avec ceux que nous connaissons facilement. Mais ceux qui ne vous connaissent pas, quand vous venez, d’ailleurs, ils n’acceptent pas de vous recevoir et si vous insistez, ils vous fuient carrément. En un mot, les gens nous abandonnent et parfois, cela nous frustre. Il faut être mentalement fort pour pouvoir surmonter ». Tout en faisant sien les propos de Théophile, Innocent par de ce qu’il a vécu et qu’il continue de vivre . « J’ai fait cette expérience. Quand tu sors avec une petite amie et qu’elle ne sait pas que tu as un handicap, elle reste bien avec toi, mais le jour où elle constate ton handicap, elle devient réticente. Aussi, lorsque j’étais en 1ière année, à cause des difficultés financières, j’ai voulu joindre les deux bouts comme mes camarades valides qui ont voulu m’aider à trouver un job d’agent de sécurité pour avoir un peu de moyen pour subvenir à mes besoins. Mais une fois là-bas, à cause de mon handicap, je n’ai pas été recruté ».
Déçus chacun de son côté de l’expérience vécue, ils ne baissent pas pour autant les bras et appellent les employés à donner aux personnes handicapées leur chance de montrer ce dont elles sont capables au lieu de les juger sur leur handicap. C’est à l’œuvre qu’on reconnait l’artisan.« Faites nous confiances et nous montrerons de quoi nous sommes capables » clame Théophile. Afin de défendre et de reconnaître les droits humains des personnes handicapées, il existe au Bénin depuis 1991, une fédération des Associations des personnes handicapées. Elle est actuellement dirigée par Monsieur Nassirou Domingo. Selon lui, cette institution accompagne les associations des personnes handicapées à travers des renforcements de capacité des membres, des sensibilisations et l’appui en formation et en kit d’installation. Elle rédige également des plaidoyers adressés aux entreprises pour l’embauche des travailleurs handicapés. Cependant, la fédération rencontre également des difficultés quant à l’obtention des subventions, la satisfaction des demandes d’aides techniques des personnes handicapées et la difficulté à faire embaucher les personnes handicapées.
Des troubles, une thérapie psychologique…
Contrairement au handicap inné qui se remarque dès la naissance d’un enfant, le handicap acquis ou tardif quant à lui survient au cours de la vie quand la victime s’y attend le moins. Milène Ganglozoun donne un exemple. « Je suppose que j’ai déjà ma licence et c’est là qu’un accident de la voie survient, je perds mes jambes, un organe, on m’ampute et je deviens handicapé. Soit en plein cursus scolaire, la vision baisse et s’en va ou mon audition s’en va et je deviens une personne handicapée auditive. Soit à cause d’un choc émotionnel très violent, la personne a des troubles et devient une personne handicapée mentale ». Chez les personnes victimes de ce type de handicap, le choc est d’autant plus violent selon le psychologue. « Elles sont le plus souvent victimes des troubles comme l’anorexie, l’asthénie, le repli sur soi, la passivité et le déni chez certains. Il faut un accompagnement rigoureux pour récupérer la victime. Il faut du chemin pour l’aider à dédramatiser la situation. Nous devons les accompagner pour qu’ils retrouvent leur joie de vivre et continuent de se battre pour réussir».
Selon les spécialistes de la question, les personnes handicapées ont besoin d’un accompagnement en permanence. Il faut une thérapie psychologique pour leur donner une confiance en soi. Elles doivent être formées sur la confiance en soi, le leadership, l’estime de soi parce qu’ils doivent s’aimer, s’accepter, avant d’accueillir l’amour des autres rappellent-ils. « En réalité, le handicap en lui-même n’est pas un problème. Ce sont les barrières comportementales, environnementales, institutionnelles et communicationnelles qui sont les difficultés auxquelles sont confrontées les personnes handicapées. Il faut retenir que le handicap est une affaire de tous car il peut subvenir à tout moment à chacun de nous », explique Nassirou Domingo. Il faut dire que depuis l’avènement du régime de la Rupture, une attention particulière est accordée aux personnes handicapées, conformément à la volonté politique affichée. L’un des engagements pris par le Président Patrice Talon en décembre 2022, lors d’un entretien télévisé avec une délégation de personnes en situation de handicap, a d’ailleurs été concrétisé à travers l’accessibilité depuis le vendredi 6 décembre 2024, de la carte d’égalité des chances. « Désormais au Bénin, il y a une culture de l’inclusion portée par un engagement politique au plus haut niveau, un dispositif législatif spécial et spécifique, un appareil administratif en constante réadaptation et une population ouverte aux changements et à la cohésion sociale ». Ces propos tenus par Madame Véronique TOGNIFODÉ, Ministre des Affaires Sociales et de la Microfinance, à l’occasion de la cérémonie officielle de remise desdites cartes au Palais des Congrès de Cotonou, résument la situation des personnes handicapées au Bénin. Devant une forte délégation des personnes handicapées, toutes catégories confondues, la Ministre a indiqué que le Bénin est « déterminé à faire reculer les préjugés et encourager ses concitoyens à favoriser l’inclusion des personnes handicapées, y compris en milieu socioprofessionnel ».
Il n’y a plus qu’à souhaité que la dynamique soit accompagnée par tous afin que les personnes handicapées puissent jouir de leurs droits en tant que personne. Avoir un handicap ne doit pas empêcher ces personnes de participer pleinement au développement de leur pays.

